Experts
18 . 05 . 18

Une autre utilisation du papier, la quatrième dimension de la presse et le pouvoir de capter les sentiments

Écrit par : Mark Hooper
Kate Stone, une scientifique créative, développe un ensemble d'outils innovants offrant des expériences à la fois immersives et nostalgiques
kate-stone-01.jpg

Image by Natalie Thery (natalietheryrf@gmail.com)

En bref :

  • Utiliser les technologies actuelles pour créer des expériences sans précédent

  • La plateforme, les processus de production et les outils logiciels existent déjà, il ne manque que votre imagination

  • Lorsque vous essayez d'établir une relation avec des gens, ne sous-estimez pas l'importance de la nostalgie, ou de la dimension intemporelle d'un objet

Kate Stone s'est donnée une mission. Laquelle ? Celle de mettre en évidence le rôle essentiel que jouent le papier et l'encre dans notre avenir électronique.

Son entreprise, Novalia, utilise des presses d'imprimerie classiques pour fabriquer des appareils électroniques interactifs combinant la technologie d'encre tactile et des circuits imprimés. Dit comme ça, cela semble très impressionnant, mais pour Stone, ce n'est pas assez évocateur.

« C'est comme décrire un tour de magie : c'est beaucoup plus facile de  montrer ce que nous faisons », déclare-t-elle. « En fin de compte, ce que nous voulons, c'est créer une expérience. Si elle était facile à décrire, celle-ci n'aurait rien de remarquable. Si nous devions faire une vidéo [à ce sujet], plutôt que de la chose elle-même, je préfèrerais filmer uniquement les visages et les réactions des gens. »

Lorsque vous souhaitez vendre une idée, cependant, il y a des impératifs.

Proposer de nouvelles expériences

Stone tient à communiquer sur les différents usages de la technologie d'imprimerie existante dans la création d'un contenu nouveau, engageant et, surtout, rentable. C'est un sujet qui lui tient à cœur. « Il s'agit d'intégrer les éléments que l'ont trouve tout autour de nous depuis des années », dit-elle. « Par exemple, nous pourrions utiliser le même type de puce audio que celles utilisées depuis des années dans les jouets Happy Meal [de chez McDonald]. »

Le processus est relativement simple. De l'encre conductrice de carbone est imprimée sur un autocollant ou une étiquette. D'un côté se trouve un graphisme, de l'autre, un petit circuit imprimé. En touchant le graphisme, vous vous connectez au circuit. Le résultat ? Un produit papier connecté.

Jusque là, rien de bien sorcier. Mais la différence vient du fait que l'encre peut ici être utilisée comme un conducteur pour envoyer un signal via Bluetooth à un ordinateur, ou pour activer une puce audio. Le but final, explique Stone, est « d'offrir une expérience sans précédent ».

Ce que Stone et son équipe de Novalia ont inventé n'est,  en soi, pas un nouveau produit, mais plutôt une ouverture vers de nouvelles possibilités. « On me demande souvent : " Si vous pouviez créer un produit, quel serait-il ? " « Ce n'est pas ce que j'essaie de faire. J'essaye de créer une plateforme, un ensemble d'outils et de processus de production qui peuvent être exploités par tout un chacun, et des outils logiciels qui sont plus faciles à utiliser qu'une application mobile de réseau social. »

kate-stone-02.jpg

Stimuler l'imagination

Stone est déterminée à inspirer toute personne disposant de l'imagination nécessaire pour prendre le relais (des annonceurs et marques aux éditeurs et producteurs) et à trouver l'utilisation de sa technologie la plus appropriée pour eux. Elle admet qu'il s'agit là d'un grand défi : les gens ont besoin d'un premier élan d'inspiration avant de prendre ces décisions novatrices. « Et c'est notre rôle », ajoute-t-elle.

Ainsi, après avoir clairement établi que Novalia n'était pas dans une optique de création produit, la société a estimé que la meilleure façon de présenter son travail était, finalement, de... créer un produit. Invitée à donner une conférence pour TED Talk au sujet de son travail, Stone était catégorique : elle ne voulait pas simplement parler de technologie, mais plutôt montrer les possibilités que celle-ci offre.

« J'ai transformé un morceau de papier en platines DJ à l'aide du Bluetooth », explique-t-elle. L'idée a certainement attiré l'attention, mais sur le long terme, le résultat n'était pas tout à fait celui qu'elle avait en tête.

« Je pensais que cela ferait réfléchir : " Waouh, c'est génial, si tu peux faire ça, alors tu peux aussi faire ça ..." Eh bien, ce n'est pas vraiment ce qui s'est passé. Au final, tout le monde voulait des platines DJ ! »

Novalia a ainsi conçu une pochette d'album avec un contrôleur DJ intégré pour DJ Q-Bert dont le titre est Extraterrestria . (Stone précise avec une certaine fierté que même si elle n'est pas elle-même musicienne, Mark Ronson, en personne, a utilisé un échantillon de son TED Talk pour sa propre conférence)

Exploiter la quatrième dimension

Ce qui est peut-être le plus remarquable dans le travail de Novalia, c'est qu'ils mettent l'impression au centre de leur recherche d'innovation technologique. « Nous n'essayons pas de faire ce qui est évident », dit-elle. « Nous ne cherchons pas à recréer un ordinateur dans un journal. L'ordinateur remplit déjà très bien son propre rôle. Le fait est que la technologie rétrécit. Un ordinateur remplissait autrefois une pièce entière, puis il prit la place de notre bureau, puis de nos genoux, pour, finalement, tenir aujourd'hui au creux de la main. Dans un sens, l'ordinateur est ainsi voué à disparaître. La technologie va tellement rétrécir que tout ce qui nous restera sera nos expériences : la technologie sera à l'intérieur des objets. »

C'est l'avenir que Stone envisage. Un avenir où l'ordinateur ne remplacera pas le papier, mais tout le contraire. Ou pour être plus précis où l'ordinateur et le papier ne feront plus qu' un  Elle fait valoir que, bien que beaucoup imaginent un avenir technologique semblable au film  Minority Report (ou la série  The Jetsons, les expériences du passé n'appuient pas cette hypothèse. « Nous sommes de nature nostalgique. C'est pourquoi, à mesure que nous avançons dans le temps, nous recréons des espaces à l'ancienne, cela nous raccroche à quelque chose de connu, de rassurant », dit-elle.

Elle affirme que le fait que nous soyons humains et que nous vivions dans un monde physique en trois dimensions est une méprise générale. Il en va de même pour la « quatrième dimension » d'un objet physique : son passage dans le temps

« Cette dimension est porteuse de beaucoup d'informations : si un enfant lit un vieux livre ayant appartenu autrefois à ses grands-parents, il ressent le poids des années passées », dit-elle. « Je veux pouvoir capturer ce sentiment à travers cette fusion de la presse et du numérique. »  

Quand vous combinez ce sentiment de nostalgie avec la taille toujours plus réduite des appareils technologiques, dit Stone, vous commencez à entrevoir un avenir qui ressemble plus au passé qu'au présent. Elle donne l'exemple de ces bars et restaurants qui, alors que l'électricité est une ressource facilement accessible, utilisent des bougies pour créer une atmosphère. Ou encore, pour fournir pour un exemple plus proche du contexte, elle évoque la façon dont la presse promet encore un bel avenir.

kate-stone-03.jpg

Proposer une diversité dans la conception

« Nous sommes entourés par l'écrit, l'imprimé », souligne-t-elle. « C'est l'interface humaine la plus répandue, et la production d'imprimé ne se limite pas seulement à l'échelle des villes et des villages, c'est également le seul processus de fabrication que l'on retrouve chez tous. Je parie qu'à cet instant précis vous avez plus de contenus imprimés autour de vous que d'appareils numériques. »

Le fait que nous ayons les moyens de production à portée de main, avec un publique réceptif au format papier, en fait une évidence pour Stone. Et contrairement aux coûts technique exorbitants de la production de produits en plastique ou d'autres matériaux comparables, l'imprimé reste un moyen économique, modulable et démocratique.

« Vous pouvez faire un tirage d'un exemplaire unique comme d'un million, et vous pouvez tout modifier à votre guise », dit-elle. « Nous pouvons proposer une diversité dans la conception et dans la fabrication en suivant le modèle d'impression. Et c'est quelque chose qui me tient vraiment à cœur, parce que la diversité nous empêche de disparaître. »

Quels projets à venir pour Novalia ? Un clavier de piano sur la couverture d'un cahier. Le  Minority Report (ou  The Jetsons(livre jouable) se connecte à GarageBand et d'autres applications de musique. Il agit comme un contrôleur MIDI, de sorte que vous pouvez jouer des notes de musique tout en prenant des notes écrites sur votre cahier. « Nous essayons d'envisager l'expérience vécue dans son intégralité. Nous voulons que le détail et la pensée créative éclipsent totalement la technologie », explique Stone.

Novalia travaille également sur une plateforme qui permettra de se connecter avec des appareils domotiques. « Mais qu'est-ce que cela impliquerait ? Qu'est-ce que ce serait ? » demande-t-elle.

Cela dépendra de vous : « Beaucoup de nos projets naissent d'un parti pris philosophique plutôt que technologique. Déclarer avec arrogance au monde entier qu'ils veulent ce que j'ai créé ne m'intéresse pas : Je veux créer une plateforme et laisser les autres décider par eux-mêmes », conclut-elle.

 

Vous souhaitez avoir plus d'exemples de marques utilisant la connectivité dans leurs campagnes presse ? Inscrivez-vous à notre newsletter