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24 . 09 . 18

Le média papier a encore une raison d’être!

Écrit par : Caire Morel
Pourquoi lancer un média imprimé alors que certains survivent à peine quelques mois ? Et en quoi le papier fait la différence par rapport au web ? Les réponses d’Isabelle Musnik, fondatrice et directrice d’INfluencia, revue web et imprimée
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En bref

  • Le papier est le support média du temps long
  • L’échec de certains médias papier ne résulte pas d’un problème de support, mais d’un manque de lectorat
  • Un magazine papier permet de vivre une véritable expérience sensorielle

Print Power : INfluencia est un média web et papier. Pourquoi proposer une édition trimestrielle imprimée ?

Isabelle Musnik : Nous avons tout simplement répondu à une demande des lecteurs. Même s’ils évoluent dans une période très ancrée dans le numérique, ils réclament toujours du papier. En fait, on vit actuellement dans un monde de paradoxes : on aime aller vite et obtenir de l’information rapidement – en prenant notamment part aux espaces virtuels – tout en appréciant prendre le temps et se retrouver physiquement. C’est ce paradoxe qui est intéressant.

PP : Qu’apportent ces deux supports, papier et web, aux lecteurs ?

IM : J’ai toujours fait la différence entre le temps long, davantage lié au papier, et le temps court relatif à Internet. Même si dans le fond, nous offrons de la réflexion à nos lecteurs, et ce quel que soit le support, le web donne la part belle à l’immédiateté et permet de diffuser du son, de l’image, et de la vidéo. C’est un très bon complément du papier.

PP : Et justement, comment considérez-vous le papier ?

IM : La revue papier permet de vivre dans le temps. On la pose sur une table, on la prête, on l’installe sur une étagère, on la délaisse pour s’y replonger plusieurs mois, voire quelques années plus tard. C’est d’ailleurs pour cette raison que nous avons fait le choix de ne pas mettre de date dans nos articles. En fait, la majorité des revues de réflexion sont des éditions papier, car elles appartiennent au temps long. Par ailleurs, il existe une notion de collection. Prenons l’exemple de Marmiton, qui à l’origine est un site Internet dédié aux recettes de cuisine. En version imprimée, les magazines se conservent à côté des livres de recettes sur l’étagère.

PP : On observe l’émergence constante de nouvelles éditions papier. Avec pour certaines, des échecs relativement rapides. C’est le cas de Vraiment et Ebdo qui se sont arrêtés en 2018. Quelles en sont les raisons ?

IM : L’arrêt de ces titres n’est pas lié à la nature du support qu’est le papier, mais davantage à une demande du lectorat. Je pense que ces magazines n’ont pas trouvé leur public. Certes, sortir une revue imprimée coûte relativement cher et exige de trouver un équilibre financier. Mais certains titres, sans reposer sur la publicité, vivent très bien, car ils ont trouvé leur public. Et inversement : quand bien même un magazine est soutenu par la publicité, si le marché publicitaire connaît une crise, il disparaît s’il n’avait pas un vrai lectorat au départ. Désormais, tous les médias doivent se diversifier pour assurer leur équilibre financier. Je pense notamment au développement de l’édition. C’est le cas d’INfluencia et de la plupart des médias aujourd’hui.

PP : Et cette offre d’édition se déploie sous format papier ?

IM : Bien sûr. Depuis le lancement de notre revue en 2012, des médias et des marques nous ont réclamé des publications imprimées « à la sauce INfluencia », c’est-à-dire orientés sur la réflexion. Pour M6, par exemple, nous avons réalisé une collection de petits hors-séries sur les Millennials. Ces éditions, les marques peuvent ensuite les envoyer à leurs clients avec un courrier personnalisé, ou encore les offrir lors d’un événement.

Avec The Integer Group (TBWA), nous publions sur notre site, une rubrique intitulée « What if », écrite par un de leurs planificateurs stratégiques. L’agence a décidé de faire une sélection de ces articles pour les publier dans un livret et l’envoyer en guise de cadeau à ses meilleurs clients. Encore une fois, on retrouve à travers le support papier, l’idée de pérennité, de prise en main, mais aussi d’activation des sens.

Pour la petite anecdote, on nous dit souvent que notre revue INfluencia sent bon ! Certes, c’est formidable Internet, mais le papier que l’on touche, que l’on respire et sur lequel on peut aussi écrire, c’est une véritable expérience sensorielle ; et les lecteurs le réclament.